EXTRAITS

Extraits de "ROCK, INCH, HAIR"

 

 

 

06. UNE PHOTO, DEUX FAMILLES (a family snapshot)

 

Lorsque Armin et Emily se croisèrent, ce soir-là, ils furent aussi émus l'un que l'autre.

Tous deux, à peine sortis de l'adolescence, percevaient pourtant d'une manière sensiblement différente les récents évènements qui attiraient alors les regards de la planète entière par le biais de nombreuses chaînes de télévision.

En cette toute fin de décennie, la scène politique internationale avait brusquement changé de visage.  

Pour la première fois depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, un peuple tout entier retrouvait l'espoir.

Après des années de privation, de terreur et d'isolement, des millions d'Allemands, et derrière eux d'Européens de l'est, voyaient le miracle se réaliser : ce serait bientôt la fin du bloc communiste.

Enfin, une nation jusque-là déchirée par un découpage politique totalement irrespectueux des valeurs familiales serait de nouveau rassemblée.

A cent lieux du grand Reich de mille ans de sinistre mémoire, cette Allemagne-là n'aspirerait humblement qu'à une unité citoyenne et fraternelle ; voilà tout l'enjeu de cette réunification.

 

"…There’s a light that never goes out..." (1) 

 

Emily était née en 1971 à Berlin Ouest, exactement dix ans après le discours de J.F.Kennedy, dont le célèbre "Ich Bin ein Berliner" était resté gravé dans la mémoire collective.

Le père de la jeune fille était devenu célèbre grâce à une photo (2) diffusée dans le monde entier, sur laquelle on le voyait, vêtu de l'uniforme des policiers est-allemands, en train de sauter par-dessus les barbelés qui marquaient la ligne de démarcation…

C'était en août 1961 ; il avait dix-neuf ans et recouvrait sa liberté ! 

Konrad Schuman s'était ensuite marié en 1963 et avait eu deux fils qu'il prénomma John et Fitzgerald (en l'honneur de "qui vous savez" !) avant que ne naisse sa fille qu'il baptisa Emily, comme dans la chanson de Pink Floyd "See Emily play".

La jeune femme avait grandi au sein d'une famille unie, autour d'un père reconverti en ouvrier –mais libre !- et d'une mère professeure de piano.

Ses deux frères, devenus juriste et médecin, incarnaient la réussite sociale occidentale.

Emily compléterait sans doute bientôt le tableau lorsqu'elle aurait achevé ses études d'anglais.  

Peut-être aussi, parallèlement à un probable métier de traductrice, œuvrerait-elle dans le chant lyrique, pourquoi pas en tant que soliste de l'opéra de Berlin.

Une existence de rêve en perspective…

 

Pour Armin Strauch, la liberté n'était présente que dans les albums trente-trois tours qu'il se procurait illégalement chez le disquaire de la Potsdamerplatz.

C'était dans les textes des Sex Pistols, Joy Division et autres Killing Joke, tous censurés, que ce jeune jardinier trouvait la force de se battre contre une société totalement basée sur le modèle totalitaire soviétique.

Lui qui était né le 21 août 1968, le jour même de l'invasion de la Tchécoslovaquie par les chars de l'armée rouge, n'avait toujours connu que la répression, la dictature mise en place à l'aurore du conflit mondial par un Staline au faîte de sa gloire.

Armin, comme la plupart des jeunes de sa génération, était guidé par la révolte, cette force qui vous aide à surmonter un quotidien misérable, tant socialement qu'intellectuellement.

Heureusement qu'il retrouvait quelques amis, deux à trois fois par semaine, dans le sous-sol d'un immeuble de la Bernauerstrasse pour vibrer au son des cris de Johnny Rotten ou Jaz Coleman ; ils partageaient la même rage de changer le monde.

D'autant plus qu'il avait récemment entendu une énième allocution d’Erich Honecker louant le communisme et dans lequel le dirigeant justifiait toutes ses "actions" :

«Das ist das Grund deshalb…blablabla… blablabla…».

Cela avait été le discours de trop.

Quelles actions faudrait-il mener pour changer le système ? Quel type de révolution permettrait de mettre fin à quarante longues années de dictature ?

La réponse lui fut donnée par une succession d'indices, politiques et sociaux, avant que, grâce à un homme, le pacifiste Gorbatchev, tout ne s'accélère brusquement.

[...]

 

 

 

 

 

 

 

04.DERNIER MOTO-RAID POUR LEMMY

 

 

 Les coups violemment frappés sur la basse libèrent les premières notes du monument qu’est Ace of Spades. Mais avant même que Phil ne commence à marteler sa batterie, j’ai passé la troisième !

La puissante machine que je chevauche répond instantanément à la commande d’accélération que j’actionne.

Sur ma moto, une américaine de treize cents centimètres cube, j’atteins rapidement une vitesse de cent soixante-dix kilomètres par heure !

Maintenant, les courbes et les virages s’enchaînent, tandis que résonnent les lourds riffs de mon fidèle ami Fast Eddie.

Des années que je le connais, celui-là, et le son de sa guitare est toujours aussi bon !

Droite, gauche, de nouveau droite, et de nouveau gauche.

Mon cheval mécanique se cabre au gré des pressions que j’exerce sur le guidon.

Ne formant plus qu'un avec mon corps, mon puissant engin avale les miles dans une véritable débauche de décibels.

Mes genoux frôlent l’asphalte, à quelques centimètres à peine du point de rupture.

A chacune de mes manœuvres, ce n'est toujours qu'au dernier moment que je redresse la barre, pour ne pas finir dans le décor.

D'un simple coup de poignet, j'évite les obstacles, ces voitures sorties de nulle part qui croisent ma route.

Droite, gauche, encore !

Le paysage défile à une vitesse étourdissante, si vite que je ne distingue plus aucun détail.

Surtout, je n'ose plus jeter le moindre coup d'œil, même furtif, à l'aiguille du compteur, de peur de finir ma course hors de la route.

 

Ce soir, concert dans une grande salle lyonnaise.

Le grand Lemmy est de retour, Motörhead est plus vivant que jamais.

Après toutes ces années, tous ces albums et autant de tournées à travers le monde, ce même son lourd et gras, ce même hymne au rock'n'roll, cette même puissance.

Le public sera là ; cinquantenaires fidèles de la première heure et jeunes ados reprenant le flambeau, ils chanteront en chœur tous ces titres aussi puissants les uns que les autres. Plus de trente ans de carrière et toujours la même énergie, la même rage, la même folie.

Il me reste quelques kilomètres que je ne mettrai que très peu de temps à parcourir.

 

[...]

 

 

 

 

 

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